Le commerce au comptant expliqué simplement et sans jargon

Lentement, le PD, les grillini, les Renziens et les « communistes » de Liberi e Equal transmettent l’Italie à l’Union Européenne des Banquiers (qui deviendra de plus en plus riche), à la finance et au grand commerce. Voici comment ils nous contrôleront et comment ils nous imposeront leurs produits. La fin des magasins d’artisanat et la désertification des villes

Le gouvernement Conte, soutenu par le PD, le Mouvement 5 étoiles, Italia Viva de Renzi et Liberi e Equal, ne cache plus sa feuille de route : surveiller chaque mouvement des Italiens au nom de l’Union européenne et de l’euro. Leur priorité ? Sécuriser le secteur bancaire et les grandes enseignes de la distribution. C’est dans cet objectif que la limitation du paiement en espèces s’impose.

Dès le 1er juillet prochain, le plafond pour les paiements en liquide tombe à 2 000 euros. Puis, à partir du 1er janvier 2022, la barre sera fixée à 1 000 euros. Le scénario qui se profile ? L’argent liquide pourrait tout bonnement disparaître.

Pourquoi imposer de telles restrictions ? Officiellement, il s’agit de « lutter contre l’évasion fiscale ». Mais cette explication tient-elle vraiment la route ? Trois raisons bien différentes se dessinent. Voici lesquelles.

Première raison. Aujourd’hui, billets et pièces ne représentent que 7 % de la masse monétaire en circulation ; 93 % de la monnaie existe sous forme électronique, créée par les banques. S’attaquer à la fraude fiscale en ne contrôlant que 7 % des flux, c’est risible. La véritable motivation derrière la chasse au cash, c’est la volonté de limiter les marges de liberté : l’argent liquide, même minoritaire, symbolise un espace d’autonomie.

Or, cette liberté gêne ceux qui veulent imposer leurs produits à tout le monde. En surveillant chaque achat, les gestionnaires de l’Union européenne pourront compiler les préférences, dresser des profils, et, grâce à la publicité ciblée en ligne, pousser leurs offres jusque dans les moindres recoins de la vie quotidienne.

Si le seuil du paiement en espèces tombe, comme prévu, à 1 000 euros en 2022, la disparition progressive de la monnaie physique n’est plus une hypothèse lointaine. Chacun sera forcé d’acheter uniquement via des moyens traçables. Les autorités sauront si quelqu’un s’offre un paquet de cigarettes ou parie sur un match chez un bookmaker. Rien n’échappera à la surveillance.

Deuxième raison. Payer par carte ou virement, c’est dépendre des banques. À chaque transaction, elles prélèvent leur part. En clair, chaque achat devient une source de revenu pour le secteur bancaire.

Et le paradoxe ne s’arrête pas là : les banques licencient à tour de bras, tout en poussant les clients vers le tout-numérique. Les profits supplémentaires générés par la disparition du cash n’iront pas aux salariés, mais viendront gonfler les rémunérations des dirigeants et actionnaires, dont la richesse ne fait qu’enfler.

Troisième raison. Supprimer le liquide, c’est porter un coup fatal aux petits commerces artisanaux déjà fragilisés, notamment dans l’agroalimentaire.

Le commerce en ligne, déjà redoutable, met en difficulté les commerçants de proximité. La fin du cash rendra impossible pour de nombreux indépendants de résister à la pression fiscale, qui en Italie grignote jusqu’à 65 % de leurs revenus.

Dans la réalité, plutôt que de s’attaquer à la grande fraude, celle qui se niche dans les 93 % de la monnaie électronique, le gouvernement cible le maigre 7 % de la circulation fiduciaire.

Voici ce qui attend les villes italiennes : l’essor du commerce en ligne, qui casse les prix tout en supportant moins de frais fixes, couplé à la disparition de l’argent liquide. Résultat : centres-villes et quartiers commerçants risquent de se vider. Les seuls survivants ? Les grandes chaînes, où seuls les paiements traçables seront acceptés.

L’avenir qui se dessine manque cruellement de saveur et d’humanité. Dépenser son argent comme on l’entend deviendra un luxe du passé. À la caisse, un « Grand Frère » silencieux prendra note de chaque achat et transmettra le rapport aux « maîtres du jeu ». Le contrôle sera total.

Ce qui frappe, ce n’est même plus que le PD nous mène dans cette direction : depuis des années, la ligne du parti est limpide. Il suffit de rappeler qu’il a confié le ministère de l’Économie à Roberto Gualtieri, architecte du Fiscal Compact.

À propos de Gualtieri, le philosophe et chroniqueur marxiste, Diego Fusaro, livre ce commentaire acide :

« Gualtieri, l’écuyer rose bonbon du Vis-Comte rabougri, affirme que, crise oblige, il faut renoncer à la sécurité de l’emploi et aux contrats stables. Il prône comme toujours le temps déterminé. L’urgence Covid-19, par un étrange hasard, ne fait qu’accélérer et renforcer toutes les dynamiques de la mondialisation capitaliste. On ignore d’où sort le virus, mais l’identité de ses bénéficiaires saute aux yeux. »

L’ironie du sort, c’est que le Mouvement 5 étoiles, qui avait promis tout autre chose lors des élections de mars 2018, nous entraîne lui aussi vers cet univers uniformisé, dominé par les multinationales et les banques.

Quant aux Renziens et à Liberi e Equal, l’ambiguïté ne surprend guère : le premier, sous la houlette de Matteo Renzi, a toujours suivi les consignes de Bruxelles, jusqu’au référendum constitutionnel qui, fort heureusement, a mis un terme à la réforme voulue par l’Europe « à l’allemande ».

Du côté de Liberi e Equal, difficile d’en attendre davantage : simple entente électorale, leur seule utilité aura été de barrer la route à un vrai projet de gauche en dehors du PD. Pour jauger le niveau politique de ce groupe, il suffit de regarder les actions du ministre de la Santé, Roberto Speranza.

Une certitude demeure : à mesure que l’argent liquide s’efface, le tissu commercial s’effiloche et la société, elle, se retrouve sous une cloche de verre, scrutée, cataloguée, jamais vraiment libre. L’Italie avance, mais vers quoi ?