Un bien invendu ne peut plus être détruit ou incinéré sans justification précise depuis le 1er janvier 2022. Les entreprises commercialisant des produits non alimentaires doivent désormais organiser la réutilisation, le recyclage ou le don de leurs stocks excédentaires, sous peine de sanctions financières.Ce principe, issu d’un cadre législatif en constante évolution, impose de nouvelles obligations à l’ensemble des acteurs économiques. Les modalités varient selon la nature des produits, la taille des entreprises et leur secteur d’activité, générant une série de défis réglementaires et logistiques.
La loi AGEC : genèse et portée dans la lutte contre le gaspillage en France
La loi AGEC, pour « anti-gaspillage et économie circulaire », estampillée loi 105, découle de plusieurs années de débats intensifs, d’initiatives citoyennes et de constats venus du terrain. Adoptée en février 2020, elle rebat sérieusement les cartes et marque un tournant dans la gestion des ressources et des déchets à l’échelle nationale. Son ambition ? Profondément renouveler les pratiques et donner le cap d’un modèle plus sobre.
Inscrite dans le code de l’environnement, cette loi incite à combattre le gaspillage, privilégier la réutilisation des biens, interdire la destruction des invendus non alimentaires et engager la disparition progressive des plastiques à usage unique. Collectivités, entreprises et citoyens, tout le monde s’adapte à un nouveau cadre qui revalorise la matière et vise une gestion responsable des déchets.
Inspirée par les principes de l’économie circulaire, la loi 105 vient casser le cycle classique du « produire, consommer, jeter ». Elle impose la priorité à la réparation, au recyclage et à la sobriété dans l’emploi des ressources. La transformation s’appuie sur plusieurs piliers structurants :
- l’élargissement de la responsabilité du producteur,
- l’obligation d’informer les consommateurs de manière transparente,
- des mesures contre l’obsolescence programmée,
- et la création de circuits pour mieux collecter, réemployer ou valoriser les déchets.
Ce texte a remis la France sur le devant de la scène en matière de lutte contre le gaspillage et de promotion d’une économie circulaire ambitieuse.
Quelles obligations concrètes pour les entreprises face à la loi 105 ?
Depuis l’adoption de la loi AGEC, aucune entreprise française ne passe entre les mailles du filet : secteur d’activité, effectif, chiffre d’affaires, tout le monde est concerné. Plusieurs dispositions très concrètes sont entrées en vigueur. Les fabricants de produits électroniques, les industriels de l’emballage ou encore le secteur textile, tous doivent modifier leur organisation et anticiper la seconde vie de chaque produit placé sur le marché.
La responsabilité élargie du producteur s’impose désormais comme règle du jeu. Lorsqu’une entreprise met un produit en circulation, elle doit aussi garantir sa collecte et son traitement lorsqu’il arrive en fin de vie, souvent via des éco-organismes agréés. Fini le flou : il faut fournir des informations détaillées sur la disponibilité des pièces détachées, publier les taux de recyclabilité, dévoiler l’indice de réparabilité et faciliter la traçabilité des matériaux.
Un système de bonus-malus pénalise ou encourage en fonction de la capacité des produits à être réparés, recyclés ou conçus à partir de matériaux recyclés. Un produit durable et facilement réparable ? Bonus. Un objet impossible à recycler ou conçu pour être vite jeté ? Malus. Les fabricants et metteurs en marché doivent également s’adapter à la disparition prévue des emballages plastiques et des bouteilles à usage unique. La vigilance grimpe : davantage de contrôles, risques de pénalités si la réglementation n’est pas respectée.
Zéro tolérance aussi pour l’obsolescence programmée. Les autorités multiplient les inspections, et les consommateurs viennent grossir les rangs de ceux qui signalent les abus. Plateformes et réseaux de vigilance se développent pour soutenir le passage à une économie circulaire instaurant d’autres réflexes.
Économie circulaire et réduction des déchets : des leviers d’action à saisir
La loi 105 dynamise le développement de l’économie circulaire. Le modèle linéaire s’efface : la prévention, le tri et la valorisation montent en puissance dans tous les secteurs. Plus question de jeter sans compter, il faut repenser le potentiel de chaque déchet, limiter l’extraction des ressources vierges, et repérer chaque occasion d’alléger l’empreinte environnementale de la consommation.
Les collectivités territoriales jouent un rôle moteur. Elles orchestrent la collecte, le tri, le réemploi et la réutilisation sur leur territoire. Les regroupements de communes optimisent la gestion des biodéchets et soutiennent des initiatives d’économie sociale et solidaire. Le tri à la source des biodéchets s’étend et dynamise de nouvelles filières de valorisation organique.
Dans le même temps, la France adapte progressivement sa réglementation nationale au cadre fixé par la directive européenne sur les déchets, qui impose des taux de recyclage stricts. Sous l’œil attentif des instances européennes, les industriels repensent la conception des objets du quotidien pour assurer leur réparabilité et prolonger leur durée de vie.
Des actions concrètes à déployer
Pour mettre en mouvement la transition, certaines pistes sortent du lot :
- Améliorer l’information du public sur le tri et la valorisation matérielle
- Créer et animer de véritables plateformes locales pour faciliter le réemploi
- Structurer des réseaux d’acteurs en faveur de l’économie circulaire
- Intégrer plus de matières recyclées dans la fabrication industrielle
Ce tournant exige une mobilisation conjointe : évolution des modes de production, implication des territoires et choix éclairés côté consommateurs.
Adopter une démarche anti-gaspillage : conseils pratiques et ressources pour s’engager durablement
Changer d’optique sur la gestion des objets, choisir la sobriété : c’est dans cet esprit que la loi 105 s’inscrit. L’économie circulaire trouve son rythme dans les collectivités, en entreprise comme à l’échelle individuelle. Chacun a sa part à jouer contre le gaspillage économique et pour la préservation des ressources. Trier, réparer, donner une nouvelle vie aux biens : la chaîne de valeur s’enrichit d’autant d’étapes, et le relais passe de main en main.
Des ressources sont disponibles pour avancer : guides, ateliers et dispositifs de soutien accompagnent les collectivités et les professionnels sur le terrain. Les clubs dédiés à l’économie de la fonctionnalité multiplient les rencontres et les pratiques collaboratives. Les éco-organismes développent de nouveaux services pour optimiser la collecte et le recyclage, dans des univers aussi variés que l’électroménager, la mode ou l’équipement de la maison.
Voici quelques gestes à adopter pour faire reculer le gaspillage :
- Privilégier la réparation chaque fois que c’est possible
- S’orienter vers le réemploi et le don pour prolonger la durée de vie des objets
- Prendre part aux dispositifs de tri pilotés par la commune
- Se tenir informé localement sur les nouveaux points de collecte ou de valorisation
L’économie sociale et solidaire foisonne d’initiatives. Ressourceries, ateliers coopératifs et projets communs donnent du souffle aux territoires et créent du lien entre les habitants. Pas à pas, en accumulant ces gestes, on voit poindre de nouveaux équilibres où la gestion des déchets ne relève plus du réflexe mais d’une réelle conviction. Transformer nos habitudes n’a rien d’un slogan : c’est un horizon qui se dessine à mesure que la société avance.


